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Grégory CUILLERON, cuisinier et Handipreneur : "Handipreneur, un parcours de combattant ?"

copyright Julien BOUVIER

Je ne pense pas que devenir entrepreneur en tant que personne handicapée constitue un parcours du combattant. Bien au contraire, le handicap permet de développer une dimension plus sociale, une persévérance et une volonté supplémentaire de réussir, rebondir et d’agir au quotidien. Pour entreprendre, peu importe le handicap, l’important reste toujours le même : avoir de la détermination et de l’envie ! Le reste s’apprend comme tout le monde au fur et à mesure…  

J’ai toujours voulu devenir entrepreneur. Je trouvais intéressant de pouvoir choisir son activité et sa destinée. Au début, j’avais une entreprise dans le domaine de la communication. Mes expériences dans les émissions culinaires « Un dîner presque parfait » et « Top Chef » m’ont encouragé à vivre de ma passion en laissant tomber la communication pour me consacrer à la cuisine. Le début d’une belle aventure : celle de devenir cuisinier pour transmettre la passion du goût mais pas seulement…   

C’est également à ce moment que j’ai compris que j’avais la capacité d’agir pour les autres !  

Je suis né avec un handicap et pour autant je ne me suis jamais senti handicapé… Je veux dire que celui-ci ne m’a jamais empêché de faire quoi que ce soit et n’a donc jamais été handicapant. C’est après mon passage à la télé que j’ai reçu de nombreux témoignages. J’ai alors pris conscience que j’avais un rôle à jouer. J’ai monté ma société en parallèle de mes activités de cuisinier pour intervenir dans les entreprises, écoles, associations afin de sensibiliser le grand public au handicap. Mon but est d’essayer de faire bouger les mentalités avec simplicité, humour et bon sens. Conférence, démonstration culinaire, cours de cuisine… j’essaie de toujours transmettre un message positif en me servant de la cuisine comme moyen d’expression, de partage et d’échange.

Devenir entrepreneur a totalement changé ma vie en me donnant une liberté, celle de ne pas me cantonner à une seule activité mais de pouvoir développer plusieurs casquettes qui me tiennent à cœur : cuisinier, auteur, conférencier ou encore animateur TV… Je ne rentre pas dans une case et c’est tant mieux ! Être entrepreneur me donne la satisfaction d’être maître de mon destin et de pouvoir agir comme je l’entends, non par égo démesuré mais pour éviter la frustration. Je préfère mourir avec mes idées que vivre avec celles des autres.

Nicolas DUBES, gérant et co-fondateur de PIKNIK SPORTS : "un exemple de réussite !"


L’entrepreneuriat est arrivé dans ma vie par hasard, par opportuni- té et par nécessité. Journaliste à la base, je suis très investi dans le handisport depuis plus de 20 ans. J’ai commencé très tôt.

J’ai créé une société qui s’appelle PIK NIK SPORTS avec mon meil- leur ami qui était lui aussi en fauteuil mais qui est malheureusementdécédé en 2014. Il s’agissait de répondre à un besoin spéci que ànotre sport : le football en fauteuil.

Nous ne parvenions pas à faire venir des fauteuils en provenance notamment des Etats-Unis. Ils étaient plus performants que ceux que nous utilisions en Europe. Lorsque nous sommes allés voir le fa- bricant américain, nous avons appris qu’il ne souhaitait pas travail-ler avec les grandes entreprises de matériel médical. Son ls avaitdessiné le fauteuil et il voulait en garder la propriété. Cependant, si nous montions nous-mêmes la structure, il était prêt à travailler avec nous. C’est ainsi qu’est née la société PIKNIK SPORTS : PIK pour Pica, le surnom de mon meilleur ami et NIK pour moi, Nicolas.

Nous avons rassemblé nos économies et nous nous sommes lancés 15 jours plus tard, en mai 2013. PIKNIK SPORTS est aujourd’hui une petite structure avec deux salariés techniciens qui répond à la demande des clubs français et européens. Nous essayons deproposer des fauteuils d’entrée de gamme à bas coût afin de démocratiser le handisport.

Nous n’avons bénéficié d’aucun accompagnement pour créer la société. La structure a débuté avec nos fonds propres - soit 15 000 euros de capital social - et nous avons reçu les fauteuils assez rapidement. Avant de démarrer, nous savions que notre carnet de commandes allait se remplir très vite car le matériel était vraiment de qualité. Par conséquent, nous n’avons pas rencontré de problématique de démarchage.

Notre idée de départ consistait à essayer de mettre à disposition le meilleur matériel possible pour tous. D’autres pays y avaient accès et pas nous. Dans un premier temps, nous étions concentrés sur les fauteuils de sport électriques. Puis nous nous sommes intéressés auxfauteuils manuels et nous avons contacté d’autres fournisseurs a nde développer l’activité.

Le projet a rapidement porté ses fruits car nous avions un réseau très important dans le handisport en tant que sportifs, ce qui nous a donné une crédibilité auprès des clients et des fournisseurs. Nous étions bien implantés dans le milieu et nous savions avec qui nous souhaitions travailler.

Nous étions également conscients qu’en vendant ce matériel nous allions inonder le marché en deux ou trois ans. Au bout d’un an et demi, nous nous sommes rendu compte que nous avions déjà fait la moitié du chemin. Nous avons développé l’activité en nous ouvrant à d’autres sports. Aujourd’hui, nous distribuons des fauteuils de sport venus de l’étranger, essentiellement américains mais également néo-zélandais ou australiens, dans des disciplines comme le football, le basket, le tennis ou le rugby. Pour durer, il n’était effectivement pas possible de se concentrer sur un seul sport.

http://www.pikniksports.com

Philippe CROIZON : "Handipreneur, une aventure formidable !

Lorsque j’ai eu mon accident en 1994, je suis resté à peu près deux ans en milieu hospitalier. Ensuite, j’ai souhaité retrouver un emploi. Je me suis dirigé vers Pôle Emploi – l’ANPE à l’époque – où l’on m’a conseillé de rester chez moi pour ne pas perdre tous mes avantages. Je suis alors rentré dans une phase de dépression qui a duré quasiment sept ans. J’ai continué à vivre, dans mon canapé, jusqu’à ce que je me décide à traverser la Manche, puis à relier les cinq continents à la nage.

J’ai alors été contacté par des entreprises pour présenter mon parcours aux salariés. Au début, j’intervenais bénévolement. Puis, face à l’aflux des demandes, j’ai décidé de créer ma société. Je me suis entouré d’un cabinet d’experts-comptables et de conseillers pour vendre mes conférences. Aujourd’hui, j’ai deux salariés à plein temps et j’interviens comme conférencier entre 100 et 150 fois par an.

La création de mon entreprise a joué un rôle primordial dans le cadre de ma reconstruction. J’aime ma vie d’aujourd’hui. Elle est chouette. Je ne suis plus dans mon canapé. J’ai de nombreux projets. Les journées de 24 heures ne sont pas assez longues. L’en- trepreneuriat a vraiment changé ma vie. Aujourd’hui, quand je me lève le matin je ne suis plus une personne handicapée. Je suis Philippe et je fonce.

Je viens du monde ouvrier. Avant mon accident, j’étais métallurgiste dans une fonderie. Je n’imaginais pas que j’allais réussir mon parcours de vie en créant une société. Je suis aujourd’hui à la tête de deux entreprises et j’ai des salariés. C’est une immenseerté et j’en suis heureux.

Au départ, je ne connaissais rien au domaine de l’entrepreneu- riat. Je me suis donc entouré de personnes compétentes.

Je pense que pour réussir il faut s’entourer des winners. Dans toutes les aventures que j’ai menées, j’ai toujours embarqué avec moi des personnes qui avaient réussi. Ils m’ont emmené à la victoire à chaque fois.

Il ne faut pas avoir peur de dépenser un peu plus d’argent au départ. L’argent qui est investi dans le conseil de professionnels est gagné 1 000 fois derrière. Avec l’entourage d’une bonne équipe composée de personnes compétentes, vous êtes emmené très rapidement au plus haut et vous gagnez de l’argent.

Quand j’ai voulu créer une société, je me suis dit qu’il fallait aussi que je m’entoure des meilleurs. J’ai pris un gros cabinet d’ex- perts-comptables dans ma région. Je leur ai apporté mon idée et ils m’ont conseillé pour créer mon entreprise. je n’ai fait appel à aucun coach, j’ai appris au fur et à mesure.

J’ai aussi demandé à ma chérie de devenir la secrétaire de la société afin de gérer le côté administratif.

Le message que je voudrais faire passer c’est que si j’y suis arrivé, c’est que c’est accessible à tout le monde. Ce qui freine, c’est la peur de l’échec. Il faut arrêter de se poser des questions et passer à l’action. C’est mon mode de fonctionnement aujourd’hui.